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illustration nietzsche onfray 

La Bande dessinée, depuis quelques années, élargit le territoire de ses explorations. On l'a vue par exemple investir la littérature classique : on se souvient – entre autres - de la collection « Fétiche » de Gallimard, pour laquelle le pinceau inspiré d'Agnès Maupré a adapté « les contes du chat perché », best-seller de Marcel Aymé.

 

 Elle vient de s'ouvrir aussi à la philosophie... Étonnant, non ? aurait grincé Pierre Desproges devant une initiative aussi improbable. C'est l'inénarrable Michel Onfray qui, avec la complicité du jeune Maximilien Le Roy, est à l'origine de cette tentative : il a suggéré une mise en images de la biographie qu'il a consacrée à Frédéric Nietzsche (1844-1900). Une tocade d'intellectuel rive gauche, diront certains. Une idée originale, décalée et courageuse penseront d'autres, dont je suis.

  

Car le résultat séduit à plus d'un titre : les images d'abord sont somptueuses. Les cadrages parfois déstabilisants et le graphisme changeant s'adaptent aux états d'âme du personnage. La troisième vignette en page 76, ou la seconde de la page 100 sont d'authentiques petits chefs d'œuvre d'équilibre et d'harmonie. Mais le scénario n'est pas en reste : les principales étapes de la vie du philosophe sont relatées, et l'on assiste à la construction de cette œuvre solitaire dans une douleur (physique et morale) aux confins de la folie. L'intention d'Onfray est louable : fidèle à son engagement d'ouvrir la philosophie au plus grand nombre, il espère par ce medium nouveau atteindre un public nouveau. Le combat n'est pas gagné, mais il faut louer et soutenir une telle ambition, à une époque où trop de spécialistes autoproclamés se vautrent sciemment dans le confort douillet de leur pensée absconse. Nietzsche avait d'ailleurs déjà noté : « les hommes vont rarement vers la lumière pour mieux voir, ils y vont pour briller ».

  

Pour approfondir cette lecture roborative, on pourra consulter l'une des très nombreuses biographies de Frédéric Nietzsche. Il est assez réjouissant de se livrer à une petite expérience pour constater combien l'image de cet homme insaisissable évolue avec les époques. On peut ainsi lire trois biographies (espacées chacune de 20 ans et toutes les trois excellentes) que lui consacrent Stefan Zweig en 1925, Daniel Halévy en 1944 et Gilles Deleuze en 1965. Nietzsche en sort plus que jamais difficile à cerner. Et c'est heureux, car on n'épuisera jamais un tel philosophe par son portrait. Surtout un philosophe qui affirme : « les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges ».

  

  « Nietzsche, se créer une liberté », Maximilien Le Roy et Michel Onfray, Ed. Le Lombard, mars 2010

 

Denis LLAVORI

 

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