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Comme nous vous l'annoncions ici même il y a quelques semaines, la quatrième résidence d'auteur illustrateur pour la jeunesse a débuté dans le Cantal le 12 mars 2012. La Médiathèque départementale du Conseil Général a souhaité la venue d'Aude Poirot, auteur illustratrice pour la jeunesse et aussi, précise-t-elle, graveuse.

Voici le compte-rendu des rencontres qu'elle organise avec la population, enfants, adultes, public scolaire ou non. Laissons-lui la parole, pour nous faire partager les 8 (déjà !) premières séances:

 

 


1. « Le vendredi 16 mars au matin (ateliers scolaires) :

Je suis allée me présenter dans la classe des CE1. Je vais désormais voir ces enfants de 7ans et des brouettes, très régulièrement, par groupes de 5 ou 6 enfants, chaque groupe 1h par semaine. Emmanuelle Rodde, leur enseignante, me dit que je suis très attendue. Nous nous sommes rencontrées deux jours plus tôt pour préparer cette première rencontre.

Comme prévu, nous nous installons donc tous ce vendredi matin, dès 8h30, dans une salle voisine de leur salle de classe. Les tables sont disposées en un grand carré. Après une présentation de moi, mon parcours, mon métier aujourd'hui (à vrai dire je ne sais plus très bien ce que je leur ai dit), je leur parle de mon dernier livre paru "le charme d'Angèle", ils l'ont déjà lu avec Emmanuelle. Je leur explique comment j'ai travaillé, le labeur pour construire ce livre, l'épopée devrais-je dire. Je leur montre les différentes étapes du travail : les différents tapuscrits, le chemin de fer (croquis en petit de toutes le pages du livre), les crayonnés (dessins au crayon de papier à échelle 1), mes originaux, mes plaques de gravure et leur fait part de mes inspirations. Pour cela, je leur montre un carnet de voyage, leur lis un passage tiré des Métamorphoses d'Ovide (Daphné) qui est à l'origine du livre, leur parle de pourquoi les insectes sont si présents dans mon livre, comment pour moi, un envol d'oiseaux migrateurs est une sensation corporelle et visuelle très forte, quelque chose de beau et joyeux.

 
Bref, les enfants sont curieux et très intéressés, la matinée se poursuit après la récréation. Ils me rejoignent dans mon atelier et je fais une démonstration de ma technique, ils sont ravis. Première fois que j'utilise ma presse depuis que je l'ai installée mardi dernier avec l'aide de mon père.

CE1audepoirot1

Ils repartent bien contents et moi de même.

 


 

2. le vendredi 16 mars après-midi (atelier collège) :

Les 2 classes de 4ème me retrouvent à l'atelier, comme nous l'avons convenu avec Karen. Je me présente assez brièvement. J'essaie de leur dire comment j'en suis arrivée là et quels ont été mes choix par rapport à mes envies de départ. Je leur montre des originaux du livre "Ombre", leur parle de ce que je cherche dans la construction d'une image et je finis par leur faire une démonstration de ma technique. L'après-midi est simple et agréable, les grands enfants comme je les appelle à défaut de trouver mieux, m'ont l'air fort sympathiques.

Après avoir bien réfléchi, je propose à Karen de partir sur un travail de composition.

 


3. Le vendredi 23 mars au matin (ateliers scolaires) :

Ce matin, j'aurais voulu emmener un tapis pour que l'on s'assoit dessus mais je n'ai pas osé, pas pu non plus puisque finalement, c'est moi qui ai amené Anatole à l'école. La prochaine fois? On s'est quand même assis par terre pour tenter de changer de cadre, casser le côté table chaise, on s'assoit "comme il faut"... le côté très scolaire que j'ai trouvé lors des premières séances en début de semaine avec les 2 premiers groupes, dans la manière d'écrire en ligne, de toujours demandé si c'est bien comme ci ou comme ça? Le peu d'initiative de leur part. Je découvre, moi qui ne me rend pas compte dans quelle mesure un enfant de 7 ans et quelque est autonome dans un tel cadre.

J'ai commencé par leur raconter pourquoi j'étais à Riom, ce que je venais y faire, la plupart se souvenaient de certaines choses, que j'allais faire un livre sur le paysage, qu'ils allaient m'aider à écrire. Je leur en dis un peu plus. L'histoire sera celle d'un enfant qui a 2 maisons, etc. L'enfant/narrateur en question se remémore les endroits où il aime se retrouver dans l'une et l'autre maison.

Je leur demande s'ils ont un endroit qu'ils affectionnent particulièrement dans leur maison? Pas tous. Certains me disent dehors, à la piscine, d'autres quand même,... dans ma chambre. C'est ce que j'avais imaginé, la chambre. Mais peut-être qu'avec le printemps qui arrive, la chambre compte moins. Et aussi, les enfants de la campagne passent de toute évidence beaucoup de temps dehors même par sale temps.

Je leur montre un imagier, on décrit ce que l'on voit. On parle matière, texture, traitement (photo, peinture, tampon, etc.) puis point de vue quand on arrive sur une image d'un grand arbre. L'image suivante est un autre arbre mais avec un point de vue très proche de la première.

On parle du cadre, du cadrage. Je leur demande de me décrire à tour de rôle ce qu'ils voient quand ils sont assis sur leur lit, dans leur armoire porte ouverte, dans l'encadrement de la porte, assis à la fenêtre, etc. ça les fait rire de s'imaginer dans un tiroir. En fin de séance, chacun se placera dans un coin de la salle où on se trouve et décrira ce qu'il voit. Premier plan, arrière plan.


4. Le vendredi 23 mars dans l'après-midi (ateliers collège) :

On parle de composition d'une image. Equilibre, déséquilibre. Mouvement, éléments vivants, motifs. Je leur donne des indications en fonction de croquis qu'ils proposent.

Quel sens de lecture on propose dans l'agencement des différents éléments : 1 élément d'entrée dans l'image au premier plan par exemple, un deuxième élément de dialogue, puis un troisième pour poursuivre le mouvement vers la sortie de l'image ou pour fermer le cercle (renvoie du 3ème élément vers le premier, construction en triangle avec les 3 éléments). La composition peut être différente, focalisée sur un seul point, en créant un fort centre d'intérêt : par une couleur qui tranche avec le reste par exemple, un élément beaucoup plus petit ou plus grand par rapport aux autres ou une construction sur une symétrie un « chouilla » déséquilibrée afin de donner une dynamique à l'ensemble, etc.

Avec le second groupe, nous abordons également des notions de vide qui ne sont pas à remplir absolument mais qui peuvent créer une respiration par exemple.

Le dessin de la perspective leur paraît magique. Quand je "corrige"une route qui fuit à l'horizon et que je la rétrécis bien plus qu'il ne l'on fait avec une légère courbe une fois que le trait est presque arrivé sur la ligne d'horizon, ils semblent émerveillés "Wouhaou comme ça, c'est trop beau". Une fille me dit qu'elle a dessiné un lapin parce que c'est le seul animal qu'elle sait dessiner. Par effet de ricochet peut-être, à la même table, ils sont 4 ou 5 à avoir dessiné un lapin dans leur paysage.


5. Le mercredi 28 mars à 20h (atelier adultes) :

Nous nous rassemblons autour d'une table dans mon atelier qui n'a pas encore trouvé le bon agencement. Je parle au petit groupe venu se renseigner sur ma résidence et mes propositions, des 2 sortes de rencontres que je propose.

 
Pour la première, il s'agit de former un petit groupe de personnes qui seraient intéressées pour suivre mon travail sur le projet de livre. On pourrait essayer de se retrouver une fois tous les 15 jours pour échanger. Je n'ai jamais fait ça, me dis que c'est souvent délicat de parler de recherches quand on est en plein dedans, que la recherche n'est pas toujours visible, que je devrais expliquer tout ça, que ce ne sera peut-être pas intéressant. Mais tant pis, je suis là aussi pour vivre des expériences avec les autochtones riomois.

L'autre proposition est d'ordre technique et pratique (dans le sens de faire, fabriquer) : initiation à la gravure et au monotype.

Les différentes personnes présentes et intéressées n'ont pas les mêmes disponibilités, ce n'est donc pas évident de trouver des dates et horaires pour satisfaire tout le monde, bien que les intéressés ne soient pas si nombreux.

 

Affaire à suivre :

Stage de gravure/monotype

Vacances de Pâques

1ère séance

Je propose aux 4 femmes présentes de commencer par faire des croquis d'une composition qu'elles auraient envie de réaliser ensuite. Le thème est le paysage, en rapport avec mon projet, mais chacune est libre de faire ce qu'elle veut.

 
Ce n'est pas évident de guider les personnes à partir d'une technique. C'est-à-dire que le croquis sert à imaginer comment on va pouvoir réaliser l'image pour qu'elle fonctionne dans son ensemble. Les contraintes techniques sont importantes et l'image doit parfois être adaptée. Penser les différents plans par superpositions, surimpressions.

L'intérêt est de comprendre que la représentation d'une image est modulable, que si la contrainte est la technique imposée, une fois le croquis réalisé, il faut repenser l'image à partir de la technique. Pour composer une image forte, penser à la lisibilité (composition simple et précise, choix des couleurs, dimensions des éléments, etc.) Certaines images ne sont pas réalisables avec cette technique (monotype et pointe-sèche).

 

Pendant que toutes se mettent en quête d'une composition, Marie me présente son projet. Elle souhaite illustrer une histoire qu'elle a écrite pour les enfants. Comme la première et la dernière image sont construites sur la même base, elle décide de réaliser ces 2 images. Pour cela, elle doit découper plusieurs formes dans de la cartoline. Celles du décor d'abord puis celles des personnages qui sont des chats ensuite.

 

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6. Le vendredi 30 mars (ateliers scolaires) :

Séance autour de l'objet qui a une histoire.

J'avais demandé à chaque enfant de ramener un objet qui a une histoire, l'objet qu'ils veulent pourvu qu'il ne soit pas tout neuf.

Avec le premier groupe, c'était un peu flou. Je leur ai demandé d'écrire sur des petits papiers des mots (un par papier, une idée par papier) qui racontent leur objet. Ce n'était pas assez précis comme cadre. Le jeu consistait ensuite à disposer son objet sur un petit autel improvisé et chacun passait l'un après l'autre, étalait ses papiers retournés devant tout le monde, par terre. Ensuite, les enfants piochaient à tour de rôle et essayait de poser une question ou essayait de raconter ce que semblait lui dire le mot en rapport avec l'objet. Beaucoup de mal à formuler des questions. Certains disaient systématiquement "Pourquoi tu as écrit ça?" c'était leur question. L'interrogé répondait.

Le fait d'être passé par l'écriture n'apportait pas grand chose je crois.

Avec le second groupe, j'ai procédé autrement.

J'avais apporté des petits objets au cas où des enfants oublieraient le leur, ce qui n'a pas manqué (un par groupe) et je me suis servie d'un de ces objets pour me confronter moi-même à cet exercice et leur donner mon expérience/exemple pour image. Je les ai également orienté sur les 5 sens. A 7ans, ils sont encore très peu dans la précision, la recherche précise d'un mot, exceptés 1 ou 2 enfants qui ont l'air d'aimer le langage.

On a fini la séance en parlant de saucisson d'âne car Talia avait apporté un petit doudou âne/porte-clef (bourriquet), que c'était super bon, que son tonton en avait déjà fait mais pas tout seul parce que c'est long, etc.


7. Le Vendredi 6 avril (ateliers collège) :

Karen invite les enfants à reprendre les croquis commencés.

Le travail se poursuit sur la composition de l'image et la proposition de d'entrée, de lecture de cette image qui doit découlée de sa construction et de l'agencement précis des éléments. La plupart se disposent en triangle, quelques uns en centre d'intérêt.

Les plus avancés commenceront à dessiner l'image retenue à échelle 1, au crayon toujours. Puis découperont les différents éléments dans de la cartoline. A la fin des 2 séances, nous faisons un point avec Karen pour choisir quels sont les enfants les plus avancés, qui pourront travailler à l'atelier lors de la prochaine séance prévue.

J'aborde les notions d'espace et attire leur attention sur ceux, inintéressants car perdus dans un coin, trop petit pour que ce soit un espace/respiration et où le découpage détaillé crée des perturbations dans la composition générale, attire l'oeil pour rien et ceux, souvent nécessaires qui donnent un souffle à l'ensemble. La plupart veulent à tout prix remplir tout l'espace et ont peur de laisser un endroit sans élément "mais là, je mets quoi madame? C'est vide."


8. Le lundi 23 avril (ateliers scolaires) :

Nous reparlons de ce pourquoi nous nous voyions.

Durant les vacances, j'ai réfléchi un peu plus précisément à comment je pouvais encadrer ces séances. Je pensais avoir trouvé quelque chose mais les 2 séances de la matinée ne m'ont pas convaincues. Nous avons travaillé sur les jeux en tous genres. Chacun de leur côté, ils ont fait un inventaire des jeux auxquels ils jouent puis chacun en a choisi un qu'on a essayé de détailler ensemble grâce à 8 caractéristiques. Nous nous sommes servis d'un tableau que j'avais préparé en amont. Je me dis que la plupart des caractéristiques ne sont pas intéressantes, le tableau n'est pas assez en rapport avec mon projet, avec les questions que je pourrais me poser par rapport à l'écriture de l'histoire, à ce que l'enfant/narrateur va décrire. Mais le problème, c'est que je ne sais pas exactement ce que je veux écrire.

Le soir même, j'ai un déclic avant de m'endormir.

 

Vu que je cherche encore la matière du texte, que je n'ai que le cadre de l'histoire, je me dis qu'il serait bon d'instaurer un dialogue écrit avec chacun des enfants : un échange épistolaire mais je serais là pour les guider s'ils en ont besoin. Durant les séances, ce qui ne fonctionne pas, c'est le groupe. Il faut que je m'adresse à chacun de manière très précise et qu'ils puissent eux aussi me répondre précisément s'ils en ont envie. Dès le lendemain, je me lance dans l'écriture de "fiches" (je ne sais pas comment les appeler, le mot n'est pas bon, il rappelle trop le résumé scolaire... je vais en trouver un autre).

 

La plupart des phrases que je leur écris, sont des questions qui attendent une réponse binaire, pour les mettre en confiance, pour leur proposer de rentrer doucement dans l'écriture. Je leur demande ensuite souvent de préciser, s'ils en ont envie. Je pose un thème par fiche (tiens, ça pourrait être "lettre" plutôt que "fiche" et je pourrais écrire à la main, comme en-tête "lettre pour Mathilde", oui, c'est bien ça), je cherche un rythme dynamique, j'installe le thème par quelques questions simples et je cherche des digressions ou des sauts (une question qui va surprendre par son absurdité ou son incongruité quant au thème annoncé). Je leur fais part de mon avis parfois, leur propose de me poser des questions, de m'appeler si je suis disponible. Par là, je veux leur raconter une histoire, que chacun s'approprie la lettre qui lui est adressée et qu'il la personnalise en quelque sorte. Qu'il complète l'histoire comme il l'entend. J'espère que les enfants oseront tout. Pour le moment, j'ai commencé une trentaine de lettres, certaines sont terminées (pour les 2 séances de demain), d'autres sont en cours. Le principe est de faire des photocopies, de proposer une première lettre à chacun qui l'investira selon son rythme (gros avantage de ce principe) et qui m'en redemandera une autre ou... ou pas.

 

Bref, j'écris et c'est super. Oui, parce que je sens maintenant que l'écriture de mon histoire peut venir de partout. De mes lettres qui leurs sont adressées plus que de leurs réponses, de leurs comportements par rapport à cette proposition de dialogue, d'un enfant en particulier ou de quelques uns qui vont peut-être sentir un rapport nouveau qui peut s'installer entre nous, d'un intérêt particulier pour le projet. La recherche est en route et le livre en germination.

 

Côté images, je n'ai pas beaucoup avancé, fait quelques essais mais je ne pars pas de rien. En effet, j'ai une série d'images réalisées il y a quelques années pour un autre projet qui n'a jamais vu le jour, et qui me sert aujourd'hui de base solide pour ce projet. »

Aude Poirot

 

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