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suc de lermuFermé à la visite, peu accessible et de faible emprise, le Suc de Lermu est l'un des sites majeurs de l’archéologie cantalienne. Aujourd'hui propriété de la commune de Charmensac, il a été occupé à au moins trois reprises en plus de 3 000 ans. Tour à tour, site défensif contrôlant les chemins de l’estive à la fin de l’âge du Bronze puis relais commercial intégré au commerce méditerranéen se développant entre Languedoc et Basse Auvergne à l’âge du Fer, il sera à nouveau fortifié au crépuscule de l’Empire romain et au début de l’ère mérovingienne comme de très nombreux sites sur les versants orientaux du Cézallier et du Sancy.

 

localisationLocalisation du site archéologique

Le Suc de Lermu est un petit plateau basaltique, situé à 1 100 m d’altitude sur la commune de Charmensac. D’une surface d’environ 8 000 m², il domine d’environ 450 m le cours de la Sianne qui passe en contrebas. Il est délimité par une série de micro-falaises au nord, à l’est et à l’ouest et par un fort pendage au sud qui lui permet par ailleurs de se rattacher au plateau voisin du Bru par un modeste isthme large de quelques dizaines de mètres. C’est également par ce côté que l’accès au site se fait de la manière la plus aisée.

Le site a été mentionné la première fois en 1954 par Pierre-François Fournier, éminent médiéviste auvergnat, qui signale la découverte de poteries « gauloises » et tardo-antiques. Il replace donc le Suc de Lermu au sein d’une série de modestes sites de hauteur, occupés aux Ve et VIe siècle de notre ère sur les versants orientaux des massifs du Cézallier et du Sancy. Par la suite, le site fait l’objet de plusieurs campagnes de sondages entre 1960 et 1968 sous la direction de M. Soubrier. Ces investigations couplées aux travaux conduits par Alphonse Vinatié sur le site à la fin des années 1960, permettent d’identifier plusieurs occupations se succédant du Bronze final, à l’âge du Fer et à l’Antiquité tardive. Enfin en 2016, une série de sondages sont conduits sous la direction de Fabien Delrieu et permettent d’affiner l’attribution chronologique des occupations anciennes du site.

 

tessons 9eLes premiers habitants à la fin de l’âge du Bronze

La première période d’occupation remonte au IXe siècle avant Jésus-Christ. Elle identifiée par de la céramique présente en plusieurs points du site. Au sud du plateau, elle est matérialisée par un niveau d’occupation, associé à un possible rempart en partie éboulé.
Au delà du Suc de Lermu, la majorité des sites de hauteur, fortifiés au non, présents en Auvergne sont occupés au cours du IXe s. av J.-C que ce soit dans le Puy-de-Dôme (Corent, Puy-Saint-Romain ou Puy-de-Mûre), le Cantal (Saint-Victor, Châteauneuf ou Chastel-sur-Murat) ou la Haute-Loire (Le Puy). Plus largement cette séquence chronologique est bien identifiée sur un corpus important de sites fortifiés en France. 

 

tessons 5eLe commerce méditerranéen à la fin du 5e s. av. J.-C.

La seconde séquence de fonctionnement du Suc de Lermu correspond à la fin du Vsiècle av. J.-C. La présence de tessons tournés à pâte claire, marqueurs de l’époque, permet d’envisager une importante fréquentation du site centrée sur les environs de 400 av. J.-C. Cette occupation qui semble dénuée de fortification, se développe sur une part significative du site que ce soit au sud-ouest du plateau, au sud-est ou très probablement au centre de la table basaltique comme l’atteste la présence de mobilier de cette période dans ce secteur. Régionalement cette occupation est contemporaine de celles identifiées récemment sur les sites du Puy-Saint-Romain dans le Puy-de-Dôme ou de Chastel-Marlhac dans le Cantal. Ce sont pour l’heure les trois seuls sites régionaux occupés de manière évidente à cette époque.

L’élément inédit issu des sondages de 2016 réside dans la découverte d’un petit lot de 14 tessons (fragments de céramique) tournés à pâte claire peinte. Ces productions sont très certainement locales et prennent à l’évidence en exemple des récipients issus du Languedoc oriental et plus certainement de l’est du Gard. Leur présence atteste d’échanges culturels significatifs entre le sud de l’Auvergne et le Languedoc oriental au travers du Massif central. Cette constatation n’est pas une surprise mais elle permet, au delà d’échanges de biens déjà attestés par la présence de quelques importations au nord et à l’est de l’Auvergne (Bègues ou Le Puy-en-Velay), de mettre en évidence une once d’acculturation, pour le moins inattendue, sur un site de hauteur situé à 1 100 m d’altitude et localisé bien loin des axes d’échange supposés entre Gaule celtique et Méditerranée.

 

fouilles archéologiquesUne dernière occupation à la fin de l’Antiquité

Le site est finalement occupé au cours des Ve et/ou VIe siècle de notre ère, comme l’indiquent des tessons de céramique paléochrétienne et des fragments de verre. Cette occupation est matérialisée par la présence d’un niveau archéologique associé à une surélévation du bord du plateau à des fins défensives.
Ce dernier aménagement présente un caractère particulièrement fruste (empierrements sommaires déposés en deux fois) qui ne dénote pas dans le corpus des sites de hauteurs contemporains dans le Massif central comme pour le promontoire ardéchois de La Farre à Saint-Andéol de Fourchades.

On notera également, que, comme pour l’occupation du Ve siècle av J.-C., le site semble bien inscrit dans les réseaux d’échanges entre le centre et le sud de la Gaule comme le prouve la présente significative de céramique paléochrétienne d’origine languedocienne.

 

Fabien DELRIEU, Service régional de l'archéologie Auvergne-Rhône-Alpes

 

Pour en savoir plus :

  • AUXERRE-GERON (F.), COUDERC (F.) et DELRIEU (F.)- Les habitats de hauteur occupés au Hallstatt D3 et à La Tène A en Auvergne : données récentes. Bulletin de l'AFEAF, 35, 2017, p. 17-22
  • DELRIEU (F.), AUXERRE-GERON (F.-A.), CHABERT (S.) ; MOULIN (C.)-  pdfLes occupations protohistoriques et tardo-antiques du Suc de Lermu à Charmensac : état des lieux et données nouvelles4.05 Mo 
  • FOURNIER (G.), Le peuplement rural en Basse-Auvergne durant le haut Moyen Âge, Paris, PUF, 680 p.
  • GOURY (D.)- Les vases pseudo-ioniens des vallées de la Cèze et de la Tave (Gard). In : Sur les pas des Grecs en Occident, Hommages à André Nickels, Lattes/Paris, 1995, p. 309-324. (étudesmassaliètes 5).

 

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